ven.

17

juin

2011

La filière pomme de terre à Gicumbi : La Caritas Diocésaine de Byumba au service de la population locale pour un avenir meilleur /Histoire d’un pas de géant.

Si le temps perdu ne revient jamais, il est néanmoins possible de combler les lacunes du passé. Notre District a longtemps souffert d’une multitude de problèmes liés à la production de la pomme de terre, tant en amont qu’en aval, et se réjouit actuellement des réalisations atteintes promettant des solutions durables.


Malgré l’existence de potentialités, le manque de cohérence et de synergie des interventions (programmes d’appui de World Vision, Eglise anglicane, Caritas, différents appuis en provenance du Gouvernement central,…..) n’avait pas jusqu’à présent contribué à remédier à ces problèmes dans le District de Gicumbi. Il a fallu un coup de main en 2008 , venu de Research Into Use (RIU) : un programme de la Fédération Rwandaise du Secteur Privé – sous financement de la coopération britannique (DFID) – pour évoluer vers une situation bien meilleure.


En 2010, la Caritas Byumba, opérateur de proximité reconnu dans la région, fut recrutée par RIU comme facilitateur de la filière pomme de terre du district. Notre rôle dès lors était de servir de lien entre tous les intervenants et de canaliser les efforts pour développer des solutions concertées. A l’époque, j’étais alors coordinateur d’un programme d’intensification de la culture du blé dans les districts de Gicumbi et Rulindo dans la province du Nord. C’était un projet exécuté par la Caritas Diocésaine de Byumba, avec le financement du Ministère de l’Agriculture et de l’Elevage. Partant de l’expérience que je jouissais dans ce domaine, mon employeur me chargea de mener des contacts auprès du RIU. Ceci aboutit alors à la signature d’un protocole de collaboration pour la facilitation des activités des partenaires de la plateforme pomme de terre, déjà opérationnelle dans le district de Gicumbi. Ainsi, mon cahier de charges fut revu et on y ajouta toutes les activités en rapport avec cette plateforme.


En revoyant le chemin parcouru depuis lors, cet article fait renaitre en moi un sentiment de fierté vu le rôle que j’ai joué dans les réalisations affichées pendant cette facilitation qui continue encore aujourd’hui.


Chers lecteurs, vous qui me lisez en ce moment sur notre site web, j’ai envie de partager avec vous deux aspects qui font le mérite de cette réussite qui a valu la renommée à notre district. D’un coté, il nous a été prouvé que, dans la vie communautaire, aucun problème ne peut être affronté si la volonté des personnes concernées n’est pas concrète. De l’autre coté, la pomme de terre qui était une culture secondaire occupe actuellement une première place dans la vie socio-économique des populations dans notre district de Gicumbi.

 

Faut-il lancer un regard rétrospectif pour saisir la dimension du pas franchi ? C’est un passage obligé pour découvrir ce parcours qui nous a permis d’aboutir aux changements significatifs et qui constitue le motif de notre satisfaction.


Du manque de cadre de concertation des intervenants et la faible maitrise des techniques agricoles occasionnant la faible production, en passant par l’absence de semences de qualité chez les producteurs, cette situation déplorable nous laissait apparemment comme inactifs au regard d’un non averti, laissant ainsi une pauvreté légendaire prendre en otage une grande majorité des populations de la zone. A cela s’ajoutait aussi les carences de production sur le marché et un circuit non maitrisé ou quasi inexistant. Peut-être que chaque chose a son temps, comme le dit l’adage de nos ancêtres. Ainsi, ce n’est qu’en 2007 qu’une prise de conscience naquit et l’initiative de RIU permit une mise en place de la plateforme des partenaires pour l’innovation autour de la pomme de terre (Potato Innovation Platform – PIP en anglais). La PIP est une organisation professionnelle qui rassemble les efforts de ses membres, chacun dans les limites de sa mission, afin de juguler les effets nuisibles produits par les problèmes identifiés ci-dessus.


L’aide de RIU, avec l’intermédiaire de la CARITAS DIOCESAINE DE BYUMBA, a facilité la décentralisation et la propagation des résultats de la recherche sur la pomme de terre, en réduisant de six à trois cycles classiques des générations de production semencière. Cette technique a été par la suite vulgarisée jusqu’au niveau communautaire à travers les serres gérées par la communauté elle-même. Cette collaboration a aussi engendré d’autres résultats tels que l’organisation des rencontres d’échanges entre partenaires, le renforcement des capacités de la Caritas Byumba (pour lui doter de moyens de pouvoir réaliser pleinement son mandat), l’accompagnement de la plateforme dans son processus de reconnaissance juridique ainsi que l’appui technique et financier aux fermiers pour une meilleure production.


Quelques exemples tirés des réalisations concrètes dans ce processus de changement de la situation de départ valent la peine d’être mentionnés. Il me semble important de citer tout d’abord la formation de 102 animateurs paysans sur la technique de sélection positive, qui vulgarisent à leur tour cette technique auprès de leurs voisins, avec une moyenne de 20 fermiers par animateur et sous la supervision technique des agronomes de la Caritas. Ensuite je relève l’octroi aux fermiers de 210 tonnes de semences de pomme de terre sous forme de crédit rotatif. Il faut enfin noter la construction de trois serres pour appuyer la production de semences de base saines et l’organisation d’un circuit de marché pour les intrants agricoles et pour la production obtenue. Actuellement plus de 40 commerçants d’intrants et revendeurs de la production agricole sont formés et sont opérationnels à travers tout le district de Gicumbi.


Quatre ans après le début du programme, il est aujourd’hui remarquable qu’un pas de géant a été réalisé. Les changements réels actuellement observés justifient notre satisfaction si l’on se réfère à la situation de départ. Les actions que nous avons entreprises en tant que partenaires dans cette filière de la pomme de terre, qui occupe une place importante dans la vie économique de notre population, montrent à quel point un impact positif a été atteint grâce à l’augmentation progressive de la production de la pomme de terre de meilleure qualité. Notons qu’au point de vue quantitative, le rendement est passé de 10 à 25 tonnes par hectare par saison.


Ces efforts consentis ont donc permis l’émergence et la disponibilité d’une bonne semence de pomme de terre sur le marché local et l’augmentation des quantités de production et semences exportées en dehors du district. Tout aussi important, cela a entrainé l’augmentation du niveau de vie socio-économique des fermiers. Tous ces effets sont le résultat de la détermination des fermiers à maitriser et à appliquer les techniques culturales apprises et l’augmentation du pourcentage d’utilisation des intrants agricoles par les agriculteurs. Quant à la Caritas Diocésaine Byumba, le renforcement institutionnel bénéficié lui a permis de se lancer résolument dans la filière, sur la base de l’appui reçu et de l’expérience acquise. Ceci a conduit à la négociation de nouveaux projets avec les autres partenaires dont le Catholic Relief Services (CRS) dans le cadre de la promotion de la culture de pomme de terre.


Je souhaite également partager avec les lecteurs de cet article, les témoignages individuels si édifiants, que je rencontre ici et là quand je sillonne le District de Gicumbi. Ces témoignages sont essentiels pour mieux illustrer ces impacts qui à mon avis étaient vu auparavant comme une utopie si on recule en 2007 mais qui sont devenus aujourd’hui une réalité grâce à nos efforts conjoints. Mes deux amis fermiers m’ont révélé ce qui suit : 


NIYITEGEKA Diogène : Secteur Miyove : « la formation sur la sélection positive m’a permis de me qualifier comme producteur de la bonne semence et j’ai ainsi gagné un marché pour livrer 12 tonnes de semences. Avec les 2’400’000 FRW, j’ai acquis une parcelle de 2ha et maintenant mon rêve de devenir un fermier professionnel est devenu une réalité. Ce programme m’a été d’une utilité capitale ».

 

UWERA Claudine : Secteur Rubaya : « la récolte de la parcelle sur laquelle notre groupe avait utilisé la semence issue de la sélection positive m’a convaincue qu’avec un terrain d’au moins 1 ha, un fermier peut vivre mieux qu’un salarié moyen. Avec les connaissances acquises dans les formations, la culture de la pomme de terre c’est désormais ma vie, ….mon gagne pain ».

 

A ces 2 témoignages il faut y ajouter celui de Madame NYIRAMANA Venantie du Secteur Byumba qui déclare avoir vendu plus de 44 tonnes de fertilisant NPK 17.17.17 (principal engrais utilisé pour la culture de pomme de terre ) pour la seule année de 2010 alors que la quantité vendue pour les deux années précédentes ne dépassait pas 12 tonnes. Cette augmentation très significative montre combien les agriculteurs ont bien compris l’importance de la fertilisation pour avoir une bonne production.

 

L’expérience vécue dans le fonctionnement de la chaine de valeur sur la pomme de terre est une opportunité pour mon organisation qu’est la Caritas Diocésaine Byumba. Ne faudrait-il pas envisager la même chose pour d’autres filières ? Un intérêt particulier est à porter à la filière du blé, actuellement vue comme une culture de rotation avec la pomme de terre. La promotion de la culture de Blé attire tous les acteurs de la région vu ses opportunités d’investissement dans le domaine de la transformation. La proximité avec la Minoterie PEMBE FLOUR de Byumba qui a la capacité de moudre 400 tonnes de blé par jour est un grand stimulant.

C’est une occasion de plus de réaffirmer notre conviction que l’union fait la force pour venir à bout de n’importe quel problème qui handicape la vie d’une communauté; l’important étant la détermination de tout un chacun.


Enfin, pour ce cas qui nous intéresse, la volonté manifeste et les efforts de chaque partenaire membre de la plateforme pomme de terre, montrent une volonté ferme à surmonter et résoudre définitivement les problèmes initialement ressentis dans notre district. Ainsi, la CARITAS DIOCESAINE DE BYUMBA reste fidèlement attachée à cette noble initiative et s’est résolue d’interpeller continuellement tous les hommes et femmes qui voudraient bien lui emboiter le pas en vue de pérenniser les acquis de nos efforts grâce aux apports des différents partenaires notamment Research Into Use.


24 Kanama 2014: Icyumweru cya 21 mu byumweru bisanzwe

         AMASOMO:
Iz 22, 19-23abr /> Rom 11, 33-36
 Mt 16, 13-20


«Wowe uri Kristu, Umwana w'Imana Nzima. »